Taxe sur la plus-value (LAT art. 5) : ce qu’un propriétaire suisse doit savoir

Lorsqu’une commune reclasse une parcelle en zone à bâtir ou modifie ses règles d’utilisation du sol, la Loi fédérale sur l’aménagement du territoire (LAT) oblige les cantons à prélever une taxe sur la plus‑value qui en résulte. En Suisse romande, le taux se situe entre 20 et 50 % selon le canton. La taxe devient exigible lors de la vente du terrain ou de l’engagement d’un projet de construction, pas avant. Comprendre ce mécanisme permet d’éviter qu’il ne soit capté par des intermédiaires mieux informés que vous.

Par Guillaume Cougard

Fondateur de Parcelle. Basé en Suisse romande.

8 min de lecture

Qu’est‑ce que la « plus‑value » au sens de la LAT ?

La plus‑value désigne ici l’augmentation de valeur d’une parcelle résultant d’une mesure d’aménagement du territoire décidée par une autorité publique, pas d’un effort personnel ni des conditions générales du marché.

Trois cas typiques génèrent une plus‑value imposable :

  • Reclassement en zone à bâtir d’un terrain agricole ou inconstructible.
  • Augmentation de la densité autorisée (par exemple le passage d’une zone de villas à une zone mixte avec un indice d’utilisation du sol plus élevé).
  • Modification du règlement communal autorisant une hauteur de construction supérieure ou un usage nouveau.

Attention au périmètre exact du minimum fédéral. L’article 5 alinéa 1bis de la LAT ne vise que « les avantages résultant du classement durable de terrains en zone à bâtir ». Ceux‑là doivent être compensés par une taxe d’au moins 20 %. Les deux autres cas sont ailleurs : l’augmentation de la densité autorisée et la modification du règlement à l’intérieur de la zone à bâtir relèvent du régime général de l’article 5 alinéa 1. C’est donc le droit cantonal qui décide s’il les taxe, et à quel taux. Les cantons peuvent aussi aller au‑delà du minimum fédéral, et plusieurs le font.

« Plus‑value » : deux sens à ne pas confondre

Le mot circule avec deux sens très différents, et la confusion coûte cher en réunion de projet. Lors de son congrès annuel du 25 juin 2026, l’association EspaceSuisse résumait ainsi l’acceptabilité des projets : « la population accepte plus facilement une densification lorsqu’elle crée des plus‑values ». La plus‑value dont il est question là est une qualité perçue par le quartier : espaces publics requalifiés, meilleure desserte, mixité des usages. Elle ne se chiffre pas et ne se taxe pas.

La plus‑value de l’article 5 alinéa 1bis de la LAT est tout autre chose : un avantage patrimonial mesurable, né d’une mesure d’aménagement, que le canton compense par une taxe. Les deux notions se croisent dans un même projet de densification, mais une seule figure dans votre décompte fiscal. Les taux effectivement pratiqués en Suisse romande sont détaillés plus bas.

Quand la taxe devient‑elle exigible ?

Point crucial, souvent mal compris : la taxe n’est pas due au moment du reclassement. Elle devient exigible uniquement lors de l’un des deux événements suivants :

  1. La vente de la parcelle, totale ou partielle.
  2. La mise en œuvre du projet de construction (généralement l’octroi du permis ou le début des travaux).

Entre‑temps, vous pouvez conserver la parcelle sans taxation. La plus‑value reste latente : dans le canton de Vaud, la décision de taxation fait l’objet d’une inscription au registre foncier dès qu’elle est définitive. Ne la cherchez pas dans l’extrait du cadastre des restrictions de droit public à la propriété foncière (RDPPF). Ce cadastre recense les restrictions issues de décisions de portée générale ou zonale, pas les inscriptions ordonnées parcelle par parcelle. Demandez l’extrait du registre foncier.

Conséquence pratique : un propriétaire qui conserve sa parcelle et la transmet par succession ne déclenche pas l’exigibilité. L’héritier hérite de la mention mais différera la taxe à son propre acte.

Comment se calcule‑t‑elle ?

La formule est simple en apparence :

T  =  (VapreˋsVavantF)×τT \;=\; \bigl(V_{\text{après}} - V_{\text{avant}} - F\bigr) \times \tau

TT est la taxe, VapreˋsV_{\text{après}} et VavantV_{\text{avant}} les valeurs de la parcelle après et avant la mesure, FF les frais engagés déductibles, et τ\tau le taux cantonal (au minimum 20 %).

Les cantons admettent généralement en déduction les frais de viabilisation, d’études préalables et certaines taxes d’équipement. Le calcul exact dépend du règlement cantonal.

Exemple chiffré : canton de Vaud, taux 20 %

Imaginons une parcelle de 1 000 m² reclassée d’agricole en zone à bâtir dans le cadre d’une révision du plan général d’affectation communal :

PosteValeur
Valeur agricole avant mesure30 000 CHF
Valeur en zone à bâtir après mesure1 000 000 CHF
Plus‑value brute970 000 CHF
Frais déductibles (hypothèse)20 000 CHF
Plus‑value nette950 000 CHF
Taxe sur la plus‑value (20 %)190 000 CHF

La taxe représente ici environ un cinquième du gain. Elle s’ajoute aux autres charges fiscales éventuelles lors de la vente, en particulier l’impôt cantonal et communal sur les gains immobiliers.

Sur une parcelle plus modeste, par exemple la requalification qui ferait passer une villa d’un indice d’utilisation du sol de 0,35 à 0,6, la plus‑value peut tout de même représenter plusieurs dizaines de milliers de francs. Un calcul à ne pas négliger dans la préparation d’un projet.

Quelles sont les exonérations ?

Le droit fédéral et les lois cantonales prévoient plusieurs exonérations ou atténuations :

  • Seuil de minimis : dans le canton de Vaud, la taxe n’est perçue qu’au‑delà d’une plus‑value de 20 000 CHF (État de Vaud, taxe sur la plus‑value foncière). Les autres cantons romands fixent leur propre seuil : vérifiez-le dans la loi cantonale de situation.
  • Transmission à titre gratuit : donation ou succession en ligne directe ne déclenchent pas l’exigibilité. La taxe suit simplement la parcelle.
  • Réinvestissement en zone à bâtir : certaines lois cantonales permettent un report lorsque le produit de la vente est réinvesti dans un bien immobilier de même nature.
  • Rénovation simple : la remise en état d’un bâti existant ne génère pas de plus‑value au sens de la LAT. La situation change si vous surélevez ou étendez la construction en utilisant des droits à bâtir récemment octroyés.

Chaque canton a ses subtilités. Il est prudent de consulter la loi cantonale de votre canton de situation avant d’engager un projet.

Taux par canton romand

Les cantons romands appliquent des taux différents, parfois progressifs :

CantonTauxLoi cantonale de référence
Vaud20 %LATC art. 64 ss, plans approuvés dès le 1er septembre 2018
Genève30 à 50 % (progressif)Loi du 14 juin 2019
Fribourg20 à 30 %LAT cantonale, révision 2018
Neuchâtel20 %Loi cantonale d’application LAT
Jura20 %Loi du 21 mai 2014
Valais20 %LCAT du 6 décembre 2023, en vigueur 2024

Les taux évoluent. Vérifiez toujours la dernière révision cantonale avant un projet concret.

Comment l’anticiper dans votre projet ?

Trois réflexes concrets :

  1. Avant toute vente, demandez un extrait du registre foncier. C’est là que figure une éventuelle mention de plus‑value latente, et non dans l’extrait RDPPF, qui ne recense que les restrictions de portée générale.
  2. Intégrez la taxe dans votre plan de financement. Elle peut atteindre plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de milliers de francs sur une parcelle importante.
  3. Consultez un notaire ou un fiscaliste avant la signature. Une opération mal structurée (vente rapide sans possibilité de report, absence de déduction des frais engagés) peut coûter plusieurs dizaines de milliers de francs évitables.

Dans les scénarios de densification partielle (création d’un deuxième logement, surélévation, logement accessoire), la plus‑value n’est pas toujours engagée. Tout dépend si les droits à bâtir utilisés proviennent d’un reclassement récent ou du règlement déjà en vigueur depuis des années.

Questions fréquentes

La taxe s’applique‑t‑elle à la rénovation d’une maison ancienne ?

Non, pas pour une rénovation qui ne modifie pas les droits à bâtir. En revanche, une surélévation ou une extension qui utilise une capacité constructive récemment octroyée par une mesure d’aménagement peut engager la plus‑value latente.

Peut‑on repousser indéfiniment la taxe en ne vendant pas ?

Tant que vous conservez la parcelle et ne construisez pas, oui. La mention reste inscrite au registre foncier et s’applique à tout propriétaire suivant. La transmission par donation ou succession n’éteint pas cette mention.

Qui paie la taxe, le vendeur ou l’acheteur ?

Le propriétaire au moment de l’événement déclencheur (vente ou permis de construire). En pratique, elle est décomptée sur le prix de vente chez le notaire.

La taxe s’ajoute‑t‑elle à l’impôt sur les gains immobiliers ?

Oui, ce sont deux prélèvements distincts. L’impôt cantonal sur les gains immobiliers frappe la plus‑value totale, alors que la taxe LAT vise spécifiquement celle liée à la mesure d’aménagement. La taxe LAT est généralement déductible du gain imposable, mais la règle varie selon le canton.

À quoi sert l’argent collecté ?

Les cantons l’utilisent pour financer des mesures d’aménagement : espaces verts, équipements publics, indemnisation des propriétaires dont les parcelles ont perdu de la valeur à la suite d’un déclassement. Il ne s’agit pas d’une taxe de rendement budgétaire, mais d’un outil de redistribution entre propriétaires gagnants et perdants des choix d’aménagement.


Ces informations sont indicatives. Elles ne remplacent ni l’avis d’un notaire, ni celui d’un fiscaliste, ni un extrait RDPPF officiel. Avant toute décision importante, échangez avec un architecte de votre région ou consultez votre administration communale.

Sources

Ce qui a changé depuis

Notre veille réglementaire sur ce sujet, la plus récente d’abord.

Toute la veille foncière romande

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